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MIDI
LIBRE mercredi 30 janvier 2008
Lundi
soir, au Jam, Mouss et Hakim (Zebda) présentaient leur projet
Origines
contrôlées :
« Des Chansons de France »
ENTRETIEN
Qu’est-ce
qui motive le projet Origines contrôlées, consacré aux chansons
anciennes de l’immigration algérienne ?
Mouss
Amokrane : Depuis quatre ans, on a créé à Toulouse
le festival Origines contrôlées, autour de la mémoire de
l’immigration et de la colonisation. Il était temps de faire un album
de chansons de l’immigration algérienne, sauce toulousaine.
L’idée
est de dire : ce patrimoine existe, mettons-le au pot commun. De même, il
y a des langues de France, l’arabe
et
le kabyle en font partie.
Que
nous apprennent ces chansons sur cette première vague de l’immigration
et sur la période dite de l’entre-soi ?
Elles
expriment la souffrance de l’époque : on subit en espérant des jours
meilleurs et on le fait entre-soi. La réalité est aujourd’hui très
différente. Il n’y a plus de communautarisme.
Le
danger n’est plus dans l’entre-soi mais plutôt dans cette rupture que
peut provoquer, chez les jeunes des quartiers autant que chez Nicolas
Sarkozy, une identité fantasmée.
Le
concept d’identité nationale est-il donc dangereux ?
Oui
parce que, même s’il n’y a pas de problèmes d’intégration, la désintégration,
elle, existe. Quand on parle d’identité
nationale,
on nous dit : vous en faites partie ou vous n’en faites pas partie. Or,
une identité est en mouvement et les flux migratoires ont toujours
influencé l’identité française : le musette est, par exemple, né de
la rencontre d’accordéonistes italiens et de bougnats auvergnats en
banlieue parisienne.
D’ailleurs,
ces chansons nous parlent comme faisant déjà partie de notre patrimoine.
C’est
ce qui est passionnant en tant que musiciens. On se rend compte qu’elles
font partie de l’histoire collective. Ce
sont
des chansons de France.
La
transmission, c’est la clé ?
Il
y a cette dimension héroïque que l’on ressent à l’égard de nos
parents et qu’on a besoin de transmettre à nos enfants : ça part
d’une description de ces gens qui n’étaient pas soumis, qui n’étaient
pas très instruits mais cultivés.
Vous
opposez ainsi le principe d’empreinte culturelle à celui d’empreinte
génétique.
La
réflexion est globale face à une idéologie de droite. A l’empreinte génétique,
stigmatisante, j’oppose l’idée que notre famille est constituée par
les gens avec lesquels on grandit. Je défends donc le droit du sol, je
suis républicain.
À
Toulouse, vous soutenez la liste LCR-Motivé-e-s alors que votre ami de
Zebda, Magyd Cherfi, figure sur la liste PS.
Je
ne partage pas ce choix. C’est un peu un abandon du combat, c’est se
ranger du côté des "costume-cravate".
Alors,
que devient Zebda ?
La
parenthèse a été une respiration salutaire pour tous. Mais on évoque sérieusement
l’idée de refaire un album. _
Recueilli
par Eric DELHAYE
Retrouvez
Origines contrôlées
en
concert :
en mai à Montpellier,
au
festival Arabesques,
puis en
juillet
à Mèze, au festival de Thau.
L’énergie
de Mouss et Hakim
«
Ça va bien ? », demande Hakim, avec son bel accent
toulousain, en arrivant sur scène. Ça allait même très bien, lundi
soir, au Jam, pour le concert acoustique offert par Origines contrôlées.
Mouss et Hakim Amokrane, chefs de file de cette formation réduite pour
l’occasion à six personnes sous mode acoustique, ont de l’énergie à
revendre, un beau sourire généreux et un formidable répertoire algérien
de 1940 à nos jours à partager. Usant de pédagogie pour expliquer
pourquoi ces chansons, qui sont les chanteurs…, les frangins et leurs
musiciens (Jean-Luc Amestoy, accordéon ; Julien Costa, cajon ; Rachid
Benalloua, flûte et mandole ; Manu Vigourous, guitare) ont livré,
pendant près de deux heures, en arabe, en kabyle et un peu en français,
les chants de leur enfance. Certains airs parlaient à nos oreilles, on a
même eu droit à quelques tubes, tel Adieu la France, et à une
version passionnante de Quisas en arabe. Pourtant, malgré les
rythmes entraînants et la volonté de Mouss de faire participer l’assistance, les spectateurs, à quelques
exceptions près, sont restés (trop) sages, bien calés dans leurs fauteuils. Il a fallu attendre la toute dernière
chanson du rappel pour qu’enfin l’auditoire se lève et gigote un peu. En tout cas, le pari était gagné : à
l’applaudimètre, le groupe avait emporté l’adhésion du public.
M.
PICARD
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