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Jazzman Décembre 2002

      Les lieux- Spécial 10 ans

Le Tour de France d' Anquetil

En une décennie, le paysage du jazz en France, pris sous l'angle des lieux de diffusion, a beaucoup bougé.

Si, avec l'accroissement du nombre des festivals et des clubs, l'offre s'est nettement améliorée, la demande de son côté n'a cessé d'augmenter. Au même moment, on note un spectaculaire accroissement du nombre des musiciens

de jazz sur notre territoire.

Les "swingin' nineties" à la loupe.

 

extrait

 

« … En province, si quelques villes ont vu disparaître leur festival (Douarnenez, Cherbourg...), beaucoup d'autres ont heureu­sement pu fêter la naissance d'une nouvelle manifestation (Bordeaux, Junas, Colmar, Dijon, Marseille, Sète, Toulon, etc.) ou voir l'équipe de programmation totalement changer suite à des élections municipales (Orléans, Lavela­net, Nîmes), ou à des situations locales bizarroïdes comme Nice qui détient le pompon des bouleversements avec le pas­sage en moins de dix ans de Simone Ginibre à Viviane Sic­nasi sans oublier Luc Gaurichon et Michel Leeb.

 

La valse des clubs

C'est une évidence écono­mique. Les clubs de jazz n'ont pas la même espérance de vie que les festivals. Il n'est que de lister les clubs de jazz disparus dans les années 90 pour s'en convaincre. À Paris et environs, on jettera une larme émue sur la disparition de ces lieux de nuit auxquels se rattachent tant de souvenirs de musique: la Villa, le Latitudes, le Mon­tana, l'Arganier, le Hot Brass, le Passage du Nord-Ouest, le Du­nois, le Pied de chameau, le Manhattan Jazz Club et, plus récemment, le Houdon, l'Olym­pic Café et les Falaises. Pour compenser cette hécatombe, heureusement le Franc-Pinot, les Sept Lézards et Autour de minuit ont courageusement repris le flambeau.

En région, le phénomène est tristement identique. On compte finalement plus de clubs fermés (la Tour rose à Lyon, la Caveau des Dominicains à Nancy, le Café des Anges à Strasbourg, le Thelonious à Bordeaux, le Bec de Jazz près du Mont ­Saint-Michel, le Café de la Gare, entre Dinard et Dinan, animé par Jean Le Marec, etc.) que de nouvelles scènes (le Jam à Montpellier, Penn ar Jazz à Brest, le Crescent à Mâcon, le Jazz-Club d'Auxerre, le Cats des Trois Maries à Or­léans, le Carré bleu à Poitiers)…. »

Pascal Anquetil

Midi Libre Lundi 25 novembre 2002

Général Alcazar : un pur bonheur que ce chanteur-bricoleur

 

Entre noirceur et légèreté, avec sa musique drôlement arrangée, le groupe a fait chavirer la salle pour quelques instants de belles émotions

 

Il fallait bien se douter que ce grand bonhomme, tout de noir vêtu, qui se cache derriè­re un terrible masque sombre en entrant sur scène, laissant à peine apparaître ses yeux foncés, cachait en fait un chanteur, certes peu bavard, mais un chanteur bien attachant.

Il a beau faire le dur en première partie, Patrick Chenière-chanteur, génial parolier et meneur de Général Alcazar, en entamant ses plus anciennes créations rock, il a beau faire le rude en s'excitant sur sa guitare, il n'en est pas moins un type sensible, au cœur tout tendre, incapable de rester de marbre devant une société qui n'y croit plus. C'est tout cela qu'il exprime dans ses dernières chansons, au programme de ses deux prestations du week-end. Devant un public (250 personnes) par avance acquis à sa cause, samedi soir au Jam, Général Alcazar n'a pas donné qu'un petit aperçu de son talent. Jouant pendant plus de deux heures, jonglant parfaitement avec les instruments pas franchement banals sur les scènes françaises (bouzouki, yukelele), le groupe a tout donné: du rapide, du lent, du comique, du moins drôle et parfois même presque triste. En tout cas, du toujours décalé! Et un grand bol d'émotion sur la fin, qui laissait presque le spectateur sur sa faim...

Mais heureusement, Général Alcazar n'est pas peu généreux. Il prolonge ses ballades, chansons drôlement traficotées, entre musique de cirque et blues. En bon commandant, rejoint par deux musiciens barcelonais visiblement heureux de participer à la scène, Patrick Chenière revient à plusieurs reprises, et fait durer le plaisir. Finalement, les specta­teurs chavirent avec ce chanteur-bricoleur dans un tout léger bonheur.

                                                                            A.B

 

MIDI LIBRE 04 NOVEMBRE 2002

JAZZ     Samedi soir au Jam

Joe Zawinul prend l’afrique à son jeu

 

Le sorcier des claviers fusionne les influences, avec une energie qui a soulevé la salle. Un régal !

 

Plus plein que plein, c'est quoi? C'est le Jam accueillant Joe Zawinul, dans une ambiance électrique côté scène com­me côté salle. Ainsi s'achevait la grosse semaine du Jam com­me on l'aime, également marquée par les deux soirées sold-out de Steve Coleman. Fermez les écoutilles, repos.

Joe Zawinul, donc, revenait en point d'orgue, samedi soir, avec son Syndicate merveilleusement achalandé: Paco Séry, l'un des meilleurs batteurs du monde; le guitariste Amit Cha­tardjee et le percussionniste Manolo Bandrana, fidèles du Syndicate ; le bassiste Etienne Mbappé, un requin de studio dont les vedettes s'arrachent le groove; enfin une nouvelle venue, Sabine Kabongo, dont on a connu la voix au sein de Zap Mama et qui va tirer tout le concert vers le haut, quitte à se laisser emporter par ses pro­pres prouesses (un poil de sim­plicité ne nuit pas).

En fringant septuagénaire (1969 avec Miles, 1970 à la tête de Weather Report), Joe Zawinul a le bon goût de ne pas. bri­der cette grosse écurie. Résultat, une fusion haletante jouée à plein régime: rythmes funk, mambo, soukouss ou makossa (on ne sait plus bien), improvi­sations délirantes, rires échangés, gros effet sur les danseurs dans la salle, tandis que Zawinul tranche le spectre de sons synthétiques et de voix digitalisées s'élevant dans l'espace.

Calé sur l'héritage africain, sur la même voie que son com­plice Richard Bona, Joe Zawinul développe toujours un jazz futuriste décomplexé. Avec ce petit plus: lui et nous sommes tous là pour faire la fête.

Eric DELHAYE

MIDI LIBRE Samedi 2 novembre 2002

 

En concert, ce soir au Jam

Joe Zawinul par petites touches

 

Le claviériste fondateur de Weather Report poursuit sans relâche ses explorations, aujourd'hui avec son Syndicate . Le Jam serait-il tombé sur la tête? Deux événements mahousses la même semaine, Steve Coleman mercredi et jeudi (lire ci-dessus) et Joe Zawinul ce soir. Effective­ment, le Jam semble bel et bien être tombé sur le crâne mais, si l'on peut dire, du bon pied!

A tout hasard, on rappellera que cet Autrichien de naissan­ce s'est d'abord fait remarquer au sein de la formation de Miles Davis à la fin des années soixante en tant que sideman (avec Wayne Shorter) et com­positeur (Bitches Brew, Live-Evil, Big Fun). Sur cette lancée, l'ami Josef, qui maîtri­se non seulement les daviers mais aussi la clarinette, la trompette, la guitare et les per­cus, fonde en 1970 le groupe Weather Report avec Wayne Shorter et Miroslav Vitous. . Objectif avoué de ses mons­trueux instrumentistes: pro­duire une musique échappant à toute tentative de définition. Jazz, rock, brésilienne, africai­ne ou orientalisante, leur musi­que est tout cela à la fois. Le style est neuf, littéralement inoui et la technique ne l'est pas moins, le groupe restant toujours à l'écoute des derniè­res évolutions technologiques. En 1988, Joe Zawinul reprend sa liberté (si tant est qu'il l'ait un instant perdue) et part fonder le Zawinul Syndi­cate dont plusieurs avatars ont eu l'occasion de s'expri­mer jusqu'à aujourd'hui dans un souci constant d'expéri­mentation fusionnelle. Avec Manolo Badrena (percus), Amit Chatterjee (guitares), Etienne Mbappé (basse) et Paco Sery (batterie), Joe Zawi­nul démontrera, ce soir, qu'il reste, dans le petit monde du jazz, l'un des plus fins limiers de l'investigation électrique.

J. Be

MIDI LIBRE Samedi 2 novembre 2002-11-05

Le saxophoniste était mercredi et jeudi au Jam

STEVE COLEMAN : tous derrière et lui devant

Le tromboniste Geoffroy De Masure témoigne du « niveau d’exigence »

 

Rester concentré. Suivre. S'accrocher si besoin. La musique de Steve Coleman ne supporte pas le dilettantisme. S'accro­cher. On le voit de ses partenaires, on le ressent parmis le public (toutes chapelles du jazz représentées, générations rock ou hip-hop, certains qui entrent en transe). Deux soirées sold-out au Jam, du mon­de à la porte, ça tient du phénomène. Il faut dire aussi que Steve Coleman, depuis sa résidence de quinze jours dans cette même salle en juillet 2001 a des adeptes à Montpellier, où l'on n'est pas peu fier du double live qui en résulte: Resistance is Futile (Label Bleu) a marqué les esprits. Dont celui de Geoffroy De Masure, trom­boniste, crédité en guest: au second set du dernier soir de la série de concerts, il avait été invité par le leader à se joindre aux Five Elements. Un juste retour pour celui qui organisa la venue de Coleman à Montpellier, et qui fut l'interface entre le saxophoniste et ses stagiaires pen­dant le workshop.

Entre De Masure et Coleman, l'affai­re est vieille d'une douzaine d'années quand, à New York puis à Montréal, le premier buvait les enseignements du second. Chacun a, depuis, fait sa rou­te. Mais le contact ne s'est jamais rom­pu. Jusqu'à ce que Coleman quelques jours avant sa tour­née européenne 2002, ne change de for­mule: il veut un trombone, Geoffroy De Masure a le profil.

Mercredi. Premier soir. La tournée touche à sa fin, les musiciens sont fatigués et le saxophone de Steve Coleman l'a lâché (il joue sur un instrument emprunté dans la matinée à Paris). Ça s'entend: le grou­pe n'a pas sa force de percussion habituel­le. Le batteur Sean Rickman tient la bara­que: roulements explosifs, vitesse et puis­sance, breaks vertigineux, rythmes démul­tipliés au delà des possibles, qui peut en dire autant sur la scène jazz actuelle? Un triomphe un poil usurpé: après-coup, les 'musiciens (saxophone, trombone, trom­pette, basse, percussions, batterie) recon­naissent qu'ils sont passés à côté.

Jeudi. Second soir. Même les deux dan­seuses (intérêt anecdotique) lancent plus violemment leurs bras au ciel. L'énergie retrouvée, la machine Coleman part à plein régime. La rythmique est infernale, la mélo­die en charpie, les thè­mes le contestent aux improvisations pures, aucune pause en qua­rante-cinq minutes, le public est aux abois.

On perçoit enfin le «niveau d'exigence » que loue Geoffroy De Masure, dont les solos font mouche: «Steve nous met la pression, il impose que l'on se remette constamment en question. D'autant que rien n'est répété. Steve lance des idées'en temps réel, sur les­quelles ont doit réagir, en adaptant par exemple un standard à une rythmique qui n'est pas la sienne. »

Bird y croise James Brown et Bartok. Un groove pesant en gui­se de fondations, Ste­ve Coleman construit des solos en altitude, avec une vélocité free et des structures cas­se-gueule. On voit ses partenaires se jetant avec lui dans le vide: « Nous sommes vier­ges  devant ce qui est en train de se pas­ser », dit Geoffroy De Masure, qui reconnaît des moments de verti­ge. Mais compositeur et leader de ses pro­pres groupes (Tribu, Octurn, Bzzz Puk), il connaît son Coleman sur le bout des doigts. « Il est du niveau de Charlie Parker ou de John Coltrane, il va très loin. Entre le cumul des parties comme dans les poly­phonies africaines, le cumul.d'informations harmoniques et mélodiques, sa musique oblige à développer des facultés de spatialisation. Même si les concerts sont parfois ratés, il arrive aussi qu'ils touchent à quelque chose de métaphysi­que. On se demande parfois.. "Mais c'est qui ce Martien ?" »

Casquette vissée à l'envers, look d'ado B-boy, Steve Coleman (46 ans) dévore les livres sur les mathématiques chinoises, la musique grecque ancienne ou les structu­res harmoniques en Europe au XVlle siè­cle, tout comme il est imprégné des raci­nes africaines. Une démarche qui tient de la philosophie (la transmission des idées via la musique), comme il le développe au sein du collectif M-Base depuis les 8O's, et qui exerce une indéniable fascination.

Le temps de deux soirées inégales mais passionnantes, la prégnance de ses bou­cles rythmiques et la vigueur des Five Ele­ments ont fini de convaincre que Steve Coleman contribuera longtemps, comme l'exprime Geoffroy De Masure, à «'élever le niveau de conscience musicale ». .

Eric DELHAYE

Steve Coleman, "Resistance Is Futile", double CD "liw" enregistré au Jam (2002, Label Bleu). Dernier album studio: "The Ascensiou To Llght" (2000, BMG 1 KCA).

 

Jazzman novembre 2001

STEVE COLEMAN  sortie d’ateliers

Avant-première

Il était dit que leurs routes se croiseraient à nouveau. Le producteur Pierre Walfisz (Label Bleu) et Steve Coleman se sont retrouvés cet été à Montpellier autour d’un workshop.

Objectif : enregistrer un album live.*

Un nouveau départ pour une collaboration à long terme.

Reportage in situ.

 

Les premières rumeurs sont apparues en mars dernier.  Le saxophoniste chercherait un lieu en France, pendant la période creuse de sa tournée estivale, afin d'organiser un stage de deux semaines... Un homme l'assiste dans sa quête, Geoffroy de Masure.  En quelques jours, le tromboniste français met en relation Steve Coleman et Jean Peiffer, le directeur du JAM, l'école de Montpellier.  Le projet prend alors une nouvelle envergure, il y aura quatre concerts et un enregistrement live.  Steve Coleman vient d'être libéré de son engagement avec BMG (dix albums en huit ans!) et se tourne vers son ami Pierre Walfisz.  Ce dernier tient aujourd'hui les rênes de Label bleu et n'hésite pas une seconde à plonger dans l'aventure.  "Steve a certaines méthodes de travail et des habitudes.  Il aime travailler avec des gens proches qui partagent certaines de ses conceptions.  Il pense que l'avantage de travailler avec moi est de ne pas avoir grand-chose à expliquer.  ' Leur rencontre remonte à 1995 pour le triptyque historique du Hot Brass, à Paris.

Les années passent, mais la foi demeure.  Une quarantaine de participants, venue des quatre coins de l'Europe, s'inscrit pour la première semaine du workshop.  Cinq jours en forme de rodage.  Deux concerts, des concepts démontés pièce par pièce et des discussions à bâtons rompus entre le nouveau maître des lieux et le saxophoniste d'Aka Moon, Fabrizio Cassol.  Lundi 9 juillet, le projet s'accélère.  Arrivée de l'ingénieur du son, Vincent Mahey, recommandé par Geoffroy.  "J'ai conseillé Vincent pour des raisons humaines et pour ses compétences techniques trop méconnues. il fallait des gens qui collent ensemble et assurent discrètement. - Dès son arrivée à dix heures du soir, Vincent et son assistant installent le matériel et ouvrent les micros. À la première prise d'un Round Midnight impromptu, Steve Coleman tend l'oreille puis le félicite, 'Great job, man !' Il n'allait quasiment plus remettre les pieds en cabine...

Les journées filent à l'allure d'un chorus parkérien.  Le matin, les élèves et les musiciens des Five Elements se répartissent par atelier. À l'étage de cette ancienne bâtisse provençale aménagée, on croise le batteur Sean Rickman et le percussionniste Jesus Diaz en plein cours de crave.  Les stagiaires tapent des mains, et d'un regard souvent médusé, pénètrent le coeur de l'univers colemanien.  Certains restent incrédules, naviguent à vue entre théories harmoniques et rythmiques d'une incroyable épaisseur et d'une logique sans faille.  Le saxophoniste évoque Ellington, on écoute Clifford Brown, les maîtres ne planent jamais très loin.  Chacun prend ce qu'il peut et n'hésite pas à questionner cette figure emblématique de la musique afro américaine.  Au milieu de ses disciples, Coleman le griot se sent à l'aise!  Le sourire est radieux, la concentration extrême, la patience sans limite ou presque.  Seuls l'oeil discret du photographe Guy Le Querrec et les oreilles de quelques proches sont admis au sein du sanctuaire. À midi, tout le monde se rue dans la cour.  Il faut souffler, le niveau de concentration est exigeant.  Quelques cigarettes grillées en vitesse semblent enfoncer encore davantage chaque mot et chaque son, à jamais présents dans les esprits.  Groggys mais heureux, Camille, Nicolas, Abdel et consorts remplissent la salle à manger, l'atmosphère devient familiale, bon enfant.  D'une table à l'autre, on s'échange des informations, on chahute avec le trublion Rickman devant les mille et uns passages amusés d'Aldo et Jamila, des cuistots ravis.  Une joyeuse colonie de vacances...

Jeudi soir, la tension monte d'un cran.  Premier concert enregistré!  Beyond Ait We Know, 9 to 5, Change the Guard fondu avec Ah-Leu-Cha, ces Five Elements là - Andy Milne, Sean Rickman, Anthony Tidd, Jesus Diaz, Jonathan Finlayson et Ambrose Akinmusire - revivent devant un parterre conquis et médusé comme aux plus belles heures.  Quinze années de compositions revues et corrigées, démantelées puis arrangées, sont revisitées sous nos yeux.  Cette fois c'est certain, Steve Coleman est bien de retour!  La deuxième et dernière soirée n'en sera que plus saisissante, le Straight No Chaser de Monk s'envole, la ballade Straight Ahead de Mal Waldron humecte les rétines.  Geoffroy de Masure, traducteur et coordinateur du stage monte enfin sur scène... Un dernier Tico Tico bouillonnant, et le JAM peut tranquillement reprendre son souffle.  Dans les derniers instants de la nuit, au milieu de la vaste cuisine, le workshop s'achève.  Des embrassades sincères et la promesse de prolonger, un jour, ces moments d'ivresse et de béatitude. "C'était un peu comme côtoyer Bird ou Miles... ", conclura de Masure.

Guillaume Bregeras