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MIDI
LIBRE DIMANCHE
7 MARS 2004
Jazz
En
concert mercredi 10 mars, à 21 h 15, au jam
Scott
Henderson : vas-y guitare
Guitariste
pour Joe Zawinul et Chick Corea (entre autres cadors), le musicien
virtuose se produira en trio bluesy
-
Avec un cran, un pif et une oreille qui, dans le jazz, ne connaissent pas
de véritable concurrence à Montpellier, le Jam empile, l'air de rien,
les événements musicaux plus qu'affriolants. Ainsi, après le James
Taylor Quartet et avant Bojan'Z, Dave Liebman et Trilok Gurtu,
verra-t-on débouler mercredi Scott Henderson et son Blues Band.
Né
en 1954 en Floride, Scott Henderson a barboté dès ses plus jeunes années
dans le bain bouillonnant du blues-rock. Même s'il est influencé
originellement par des guitaristes comme Jimmy Page, Jeff Beck, Jimi
Hendrix ou Ritchie Blackmore, c'est le jazz qui lui ouvrira les
"portes de la perception". Son diplôme universitaire en poche,
le jeune guitariste part s'installer à Los Angeles où il ne tarde pas à
se faire un nom. En 1975, il enregistre une première fois pour le
violoniste Jean-Luc Ponty. Dix ans plus tard, c'est pour Chick Corea qu'il
branche son instrument. Dans la foulée, il embarque pour quatre ans dans
le navire expérimental de l'ancien clavier de Weather Report, Joe Zawinul.
Parallèlement, Scott Henderson a formé Tribal Tech avec le bassiste Gary
Willis. Ensemble, ils graveront neuf albums entre 1984 et 2000.
Inventif
et incisif, généreux et aventureux, Scott Henderson est sacré
"meilleur guitariste de jazz" en 1991 par Guitar World et, l'année
suivante, par Guitar Player, deux magazines qui font référence en la
matière. Pas question pour autant de renier ses racines: il enregistre
trois albums de pur blues-rock salués par la critique, Dog Party en 1994,
Tore Down House en 1996 et Well
to the bone en 2002. Accompagné du bassiste John Humphrey et du batteur
de Tribal Tech, Kirk Covington (également au chant), le guitariste
reprend la guitare blues-rock à l'endroit exact où Hendrix, Beck et Page
l'ont laissée et y ajoute sa touche personnelle logiquement héritée de
ses trente ans d'expériences jazz.
Bref,
ça sonne très 70's, la guitare y est reine, elle est opulente, elle est
aventurière et son chant hallucinant.
Au Jam, la présence d’extincteurs sera obligatoire !
Jérémy
BERNEDE
Mercredi,
à 21 h 15, au Jam, 100 rue Ferdinand-de-Lesseps. 13 € et 16 €.
04
67 58 30 30.
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MIDI
LIBRE Mardi 2 Mars 2004
COUP
DE COEUR SAMEDI à 21h au JAM, rue Ferdinand
de Lesseps
James
Taylor Quartet: pour l’amour du groove !
Le
groupe est conduit par un véritable virtuose de l'orgue Hammond B3
Si
le piano swingue, l'orgue, lui, groove. La nuance pourra sans doute paraître
un peu forcée, mais elle dit combien le groove, ce Graal des pistes de
danse, est question de coffre, de ventre, de chair, de viande. L'orgue,
quand il est tripoté avec un tant soit peu de virtuosité salace, développe
un tapis de notes si épais que le corps n'y résiste pas et s'abandonne
à la danse comme s'il s'agissait du plus délicieux des plumards. Dans
les années 60, l'orgue de Booker T. Jones (et ses fameux MG's) était la
plus jouissive incarnation de ce groove sur clavier, le morceau Green
Onion en témoigne encore avec une vitalité jamais entamée. Depuis près
de vingt ans, James Taylor a repris le flambeau à l'Hammond B3 (la
"Rolls" des orgues) en le faisant glisser du rhythm'n' blues
fondateur à l'acid jazz rénovateur.
C'est
en 1985 que James Taylor fonde son quartet avec Allan Crockford (bas
se),
Simon Howard (batterie) et son propre frangin David Taylor (guitare). Il
enregistre pour de petits labels, puis est repéré au cours des célèbres
"Peel Sessions" de la radio anglaise Radio 1. Il sort, en 1986,
un mini album de reprises triées sur le volet (le volet cinématographique,
en l'occurrence) logiquement baptisé Mission Impossible. Il signe
ensuite The Money Spyder qui cartonne joliment mais c'est sur scène que
le quartet fait, dès cette époque, J'unanimité pour son groove
proprement tellurique. Le succès est tel qu'en 1988, le James Taylor
Quartet rejoint la major Polydor pour trois albums acclamés. Néanmoins,
Simon Howard et Allan Crockford finissent par quitter ses rangs. James
et David Taylor recrutent alors des musiciens de studio puis engagent définitivement
Gary Crockett (basse) et Neil Robinson (batterie). En 1998, James Taylor
a la chance de réaliser enfin un vieux rêve: créer le thème original
d'un film. Juste retour des choses, ce sera pour Austin Powers,
l'hilarante parodie des films d'espionnage britanniques des années
60.C'est d'ailleurs à se demander si l'exclamation préférée de
l'espion psychédélique «Groovy baby ! » n'a pas été spécialement
inventée pour le James Taylor Quartet !
En
attendant, le groupe ne semble toujours pas donner de signes de fatigue.
L'an dernier, il sortait son dix-neuvième album en dix-sept ans. Rien de
moins! The Oscillator (c'est le titre de ladite galette) montre les quatre
musiciens au top de leur acid jazz. La section rythmique s'y révèle
d'une précision et d'une évidence effarantes, la guitare s'y tortille
, avec. l'élégance érotique d'une sublime danseuse du ventre et
l'orgue, comment
dire...
Énorme et rageur, il bave dans tous les coins du disque commne une bête
fauve prête à boulotter l'auditeur. Sur scène, évidemment, c'est le
public qui n'a qu'à bien se tenir: s'il ne danse pas, sûr qu'il se fera
bouffer. Eh oui, le groove est impitoyable !.
Jérémy
BERNEDE
L'acid
jazz, késako ?
-A
la fin des années 60, Horace Silver, Jimmy Smith et Lee Morgan (tous sur
le label Blue Note) ouvrent la voie de ce que l'on ne tarde pas à nommer-
"acid jazz" et dont Donald Byrd et Lonnie Linston Smith seront
parmi les plus fameux représentants. Mêlant l'efficacité dansante
du funk binaire et l'expérimentation instrumentale du jazz, le genre
est marqué par la place prépondérante qu'il donne aux cuivres,
ainsi que par l'influence des rythmes latino-américains.
C'est
vers la fin des années 80 que l'acid jazz connaît son second avènement
grâce, en particulier, à Gilles Peterson, dee-jay anglais féru de
"rare 'grooves", les instrumentaux funky des années 70 (ce
"groovy mentor" sera en concert à Montpellier le 20 mars, au
Rockstore, dans le cadre de l'Actual Festival !). Il est l'un des premiers
à publier des compilations de titres acid jazz et, sur son label Talkin
Loud, il produit quelques-uns des talents les plus marquants du genre:
Brand New Heavies et Glliano en tête.
Outre
les pionniers susmentionnés, l'acid jazz moderne est aussi influencé
par les travaux de l'organiste Jimmy McGriff, du génial Gil Scott-Heron
et du monument Herbie Hancock. Les musiques de films des années 60/ 70
(signées Lalo Schifrin, James Brown, Curtis Mayfield, Isaac Hayes...)
ont aussi trouvé une oreille attentive chez les tenants de l'acid jazz.
Mais quelles que soient les influences des uns ou des autres, tous ne cherchent
qu'une chose: rendre leur jazz le plus diablement funky possible,
autrement dit le faire revenir sur les pistes de danse. Le jazz, aussi,
est une affaire de sueur!
.
A noter que l'acid rock n'a aucun rapport : c'est un courant
californien qui, à la fin des années 60, sous l'influence des drogues
hallucinogènes, a poussé le rock vers de nouveaux territoires improvisés
et psychédéliques.
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MIDI
LIBRE (14 Janvier 2004) Eric DELHAYE
MUSIQUE
Le film
consacré à Siegfried Kessler est présenté vendredi au Jam
Un
pianiste entre terre et mer.
Christine
Baudillon a réalisé "A Love Secret", portrait du jazzman sur
son bateau à La Grande-Motte
Siegfried
Kessler est un personnage de roman. Immense pianiste de jazz, il vit sur
son bateau amarré à La Grande-Motte. Si bien qu'on ne sait plus bien
qui, du musicien ou du marin, prend le pas sur l'autre. « C'est ce qui
fait sa singularité. Il est à la fois un grand pianiste de jazz et un
grand marin. Et s'il ne navigue que par grand vent, c'est qu'il est lui-même
tempétueux! ». L'analyse est de Christine Baudillon. Elle connaît
Siegfried Kessler depuis peu, mais elle le connaît très bien. Une prise
de contact intensive: pendant près d'un an, à partir d'août 2002, elle
l'a beaucoup filmé, tout le temps. Le résultat est là : A Love
Secret, cinquante-six minutes, un portrait de Siegfried Kessker que la réalisatrice
montpelliéraine (depuis 1999) présente vendredi, avant un concert solo
du pianiste lui-même.
Ce
sont des amis de Christine Baudillon qui la présentent à Siegfried Kessler.
On lui parle du film, il est sur ses gardes. « Mais j'ai senti qu'il y
avait quelque chose à faire, dit-elle. Il dégageait ce côté
extravagant. » il faudra peu de temps pour que la glace se brise, le
temps pour Siegfried Kessler de jouer Bach sur le piano électrique qui équipe
son voilier. « C’est alors qu'on entre dans la vie d'une personne, avec
un lien de proximité très fort. »
Le
portrait avait déjà les faveurs de Christine Baudillon, passée par l'école
des Beaux-Arts de Marseille et le Fresnoy, studio national des arts
contemporains à Tourcoing, quand elle se consacrait à la photo. Un
« point d'honneur à l'image» qui l'a incitée à empoigner une caméra
mini-DV pour attaquer un nouveau sujet, un musicien, qui plus est jazzman
alors qu'elle était novice en la matière (elle a beaucoup progressé
depuis). Et à embarquer avec Kessler à
plusieurs
reprises, mettant le cap sur les îles du Frioul, au large de Marseille.
Une terre à la nature brute, simple, humble, qui inspira à Kessler une
improvisation, et presque une déclaration d'amour: A Love Secret.
Longuement
filmé au Frioul, s'amarrant et prenant la navette pour honorer un
contrat à Marseille, Kessler l'a aussi été en mai dernier sur la scène
du Jam, lors de son duo avec Archie Shepp (ils jouent Le matin des Noirs,
une composition du saxophoniste dans les 60's), ou se lançant dans un
monologue sur le jazz. « Il fait maintenant partie de ma vie, il a élargi
ma vision du monde », dit Christine Baudillon, décrivant un personnage
« très spontané, mais aussi à fleur de peau et complexe ».
Produit
par la société montpelliéraine Hors-Œil, A Love Secret tentera de
trouver son public dans les festivals du film documentaire, éventuellement
sur une chaîne de télévision, ou lors d'une prochaine édition en DVD.
.
Eric
DELHAYE
.
"A Love Secret", ftIm de Christine Daudillon, présentation en
avant-première et en exclusivité, vendredi à 21 h au Jam, 100 rue
Ferdinand-de-Lesseps. Projection suivie d'un concert au piano solo de Siegfried
Kessler. Entrée libre dans la limite des places disponibles. 04 67 58 30
30.
l'œil d'Hors-Œil
Christine
Baudillon est associée avec François Lagarde et Lionel Broye au sein de
la société montpelliéraine Hors-Œil, qui a déjà réalisé des cédéroms
sur le linguiste jean-Claude Milner, le philosophe Roger
Laporte
et le sculpteur et aquarelliste jean Azémard. La série, intitulée
"Proëme", est disponible sur le site www.hors-eil.com et à la
librairie Le Grain des Mots.
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Jean
Peiffer, directeur du Jam :
«
On n'a pas les reins assez solides pour prendre des risques et la
diffusion s'appauvrit »
Le
Jam a 25 ans cette année et réfléchit encore à la manière de fêter
ça. Pour les amateurs, 2004
débute en tout cas idéalement, avec une série de grands concerts, de
Scott Henderson à Dave Liebman. Mais le Jam, c'est avant tout une école
pour 220 jeunes férus de jazz et de musiques latine, africaine,
orientale, etc. Le point avec son directeur.
Midi
Libre:
Comment va le Jam pour son vingt-cinquième anniversaire?
Jean
Peiffer: Nous sommes la seule école de musiques actuelles de la région.
Si la pédagogie est basée. sur le jazz, nous développons aussi la création
et l'improvisation. Mais le message ne passe pas auprès des politiques:
ils en sont restés au new orleans et pensent que nous enseignons une
musique de vieux, voire élitiste. L'élu qui défend le jazz le fait
toujours très mal.
.
Quel est le détail de vos subventions?
Nous
avons 3000 € de la Ville (le double de l'an passé),
7
600 € de l'AggIo, 10 600 € du Département, 15 200 € de
la
Région, 22800 € de la Drac.
Nous
sommes propriétaires de la salle par bail emphytéotique signé pour
dix-huit ans avec la Ville, ce qui suppose que nous payons les charges et
surtout les travaux. Soit un budget de 530 000 € autofinancé à 82 %
par les bénéfices de l'école.
.
Et les concerts ?
..
Avec une jauge de 350 places, on ne peut pas gagner de l'argent. Ouvrir
la salIe, ça coûte déjà des sous. Et on n'a pas à être les
producteurs de tous les mecs de Montpellier, sinon on serait ruinés.
Alors, on fait passer ce qui marche, on remplit avec Joe ZawinuI ou
Magic Malik et on équilibre notre soirée. Mais on n'a pas les reins
assez solides pour prendre des risques. Au final, c'est la diffusion qui
s'appauvrit. Prenons l'exemple de Mimi la Sardine: on a dit que Patrick
Massé ne savait pas gérer. Mais comment gérer quand on n'a pas un
rond ? La diffusion du spectacle vivant a besoin d'aide, il faut
encourager le risque.
.
Mais que feriez-vous de plus avec de l'argent?
..
On développerait, après les expériencès de Steve Coleman et de Shepp
et Kessler, l'activité d'enregistrement. On créerait un département
de musiques électroniques, que la nouvelle génération nous réclame.
Et on pourrait s'agrandir parce que le Jam est à l'étroit.
.
Vous n'êtes quand même pas en danger.
..
Non, mais on voudrait franchir un palier. Il nous manque peu pour créer
quelque chose d'important. Mais il faut ajouter une autre crainte: on ne
voudrait pas que, après l'école, nos musiciens se trouvent dépourvus. C'est ce qui est entrain de se passer avec la
remise en cause de l'intermittence
.
On reproche souvent aux écoles de brider la créativité. Qu'en
pensez-vous ?
..
Notre rôle est de fournir un bagage. La virtuosité sans créativité me
gonfle. Mais, au Jam, les élèves jouent ensemble et se confrontent.
C'est ainsi que l'on produit quelque chose.
Recueilli par Eric DELHAYE
MIDI
LIBRE (14 Janvier 2004)
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MIDI
LIBRE 01/06/2003
Montpellier
SPECTACLES
Vendredi
soir, dans un JAM surchauffé
La
Classe tous risques des ténors Kessler et Shepp
Le
pianiste et le saxophoniste régalent de leur électrique complicité
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photos:Jean
Michel MART
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Le pianiste et le saxophoniste, heureux de se retrouver
et de s'aiguillonner à coup d'interventions fulgurantes
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Imprévisibles. On est prévenu.
Siegfried Kessler et Archie Shepp sont imprévisibles. Au point d'arriver
à se surprendre eux-mêmes. Et pas qu'un peu. « Comment ça, c'est
demain le concert avec Siggi ? », se serait exclamé le saxophoniste
jeudi, alors même que le Jam l'appelait régulièrement (environ tous les
jours) à ce sujet depuis plus d'un mois! Archie Shepp, encore lui, a une
nouvelle fois surpris tout le monde, lui compris, lorsqu'enfin à
Montpellier, il s'est rendu compte qu'il n'avait pas emporté le bon
saxophone... Siegfried Kessler a, quant à lui, préféré concentrer son
naturel fantasque sur le concert proprement dit.
Il faut dire que l'événement
revêt, pour lui, un caractère particulier. Le pianiste grand-mottois est
en effet à l'initiative de cet important rendez-vous (avec bien sûr la
complicité du patron du Jam, Jean Peiffer). C'est également lui qui a
choisi d'en partager la vedette avec son vieux complice Archie, et rien
qu'avec lui. C'est toujours Siggi que trois caméras viennent filmer pour
son futur portrait en DVD. Enfin, c'est lui seul qui accepte de jouer ce
soir sans réclamer de cachet, pour la gloire un peu, pour le plaisir
surtout... Pour Siegfried Kessler, ce n'est pas un concert comme les
autres. Pour le public non plus, remarquez. Pas plus que pour Archie.
Le colosse enchapeauté ne
se trompe pas lorsqu'il lance le thème de sa mythique composition Le
matin des noirs. C'est autour de ce superbe morceau, dérive intense
et flexueuse, que s'est naguère scellée la complicité musicale des deux
fortes têtes. Pour l'heure, elles ferraillent dru et ne semblent pas
vouloir se céder un pouce de terrain. On croit le morceau achevé que
l'un ou l'autre s'en ressaisit illico pour en tirer encore matière et
esprit à quelques fulgurances libertaires, bruitistes, chaotiques. Après
ce round (tout sauf d'observation), les ténors peuvent gagner les cimes
en se laissant guider par leur mémoire babélienne du jazz. Leurs réincarnations,
notamment, de standards de Dizzy Gillespie et Thelonious Monk se révèlent
d'une beauté quasi douloureuse tant l'oxygène se fait rare à ces
hauteurs sidérales. Alors, grisé par l'altitude, à chaque instant, on
s'extasie du son massif et du sax ténor creusé d'amples dépressions et
traversé d'éclairs à la raucité volubile. On s'émerveille tout autant
des orages percussifs grondant dans le corps du piano et cette fine pluie
d'émotions mélodiques tintinnabulant sur nos synapses... Après tant de
débordements climatiques (il fait aussi très chaud dans le Jam), trempés
d'émotion, tous se lèvent pour applaudir à tout rompre les fiers
duellistes. ArchieShepp disparu dans sa loge, Siegfried Kessler gratifiera
le public d'une petite "choral" de Bach.
L'un comme l'autre auront été imprévisibles jusqu'au bout. Quelle
classe.
Jérémy BERNÈDE
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midi libre 30 mai 2003
SIEGFRIED
KESSLER, une vie au rythme de sa liberté
Avec
Archie Shepp, le pianiste formera sur scène le "Sophisticated
duo"
«
Je suis un vacancier professionnel. » Assis à la poupe de son voilier de
douze mètres mouillant à quelques brasses du quai d'honneur de La
Grande-Motte, Siegfried Kessler sourit. Crâne aussi lisse et immaculé
que l'ivoire de son piano, bésicles fumées, cuir tanné par un soleil
injecté de sel, muscle noueux d'avoir sans doute tiré trop de bords, le
musicien renvoie une image de corsaire des mers du Sud. Pour le «
vacancier », on repassera mais pour Siegfried Kessler, on peut rester. On
ne s'en privera pas.
Ce
soir et demain, le pianiste retrouve son vieil ami saxophoniste Archie
Shepp pour deux concerts exceptionnels au Jam en duo, en "Sophisticated
duo". «C'est moi qui ai eu l’idée de ce nom... mais je ne sais
pas vraiment ce que j'ai voulu dire par là ! », se marre l'affable
musicien qui aura bien du mal à nous faire croire qu'il a 68 ballets. On
a vérifié, c'est bien le cas ! Tout aussi vrai, la petite histoire qui
veut que l'idée de cet événement ait germé sous son globe de cuir, le
soir du concert de Steve Coleman au Jam : «Je n'ai pas aimé du tout, ce
n'est que de la technique... »
Le
Jam, par contre, j'adore car il a l'odeur du jazz. C'est un lieu qui
marche à la passion, pas pour le fric. Je suis pareil et c'est comme ça
depuis l'âge de 4 ans.»
Siegfried
Kessler n'a pas vraiment décidé de devenir musicien. Il a chopé le
virus, voilà tout. Ce n'est d'ailleurs pas la seule endémie à s'être
confortablement (à vie, en fait) installée au creux de ses tripes : la
photographie, la chorégraphie, le pilotage aérien, les langues étrangères
et bien sûr, la voile, autant de passions auxquelles il s'est également
abandonné sans la moindre retenue. «Je déteste faire les choses à
moitié et j'ai horreur de l'à-peu-près, se justifie-t-il. Je suis extrêmement
puriste, toujours à la recherche d'une perfection qui se dérobe à moi.
C'est d'ailleurs cela qui est intéressant. » C'est en tous les cas la
raison pour laquelle il entreprend toute chose avec l'exigence
enthousiaste, la curiosité gourmande et la souple générosité d'un
gamin. Un gamin qui finalement ne chérit rien plus que la liberté.
« il ne faut jamais perdre le goût de l'esthétique, une certaine
élégance... et la liberté », lance-t-il à bon entendeur. Son goût de
liberté, il le cultive d'ailleurs jusque dans sa conversation volontiers
erratique et aventureuse. Pour preuve, elle bifurque à l'instant sur les
mémorables tempêtes qu'a traversées son bateau affûté, puis vire de
bord de nouveau vers la musique, forcément.
«Quand
je n'écoute pas Chostakovitch, Prokoviev ou Britten, j'écoute énormément
de jazz sur mon bateau, raconte-t-il. J'écoute rarement, voire
jamais, ce que j'ai enregistré (ça
m'arrive d'ailleurs de penser que c'est un autre qui joue à ma place !),
mais j'ai mes préférences. » Siegfried Kessler ne dit pas avoir été
influencé par d'autres, mais «stimulé », ô combien ! Cela va alors de
Thelonious Monk à Horace Silver, en passant par Walter Bishop. Et bien sûr,
John Coltrane et Archie Shepp. « Quels saxophonistes, quels
formidables provocateurs ! », s'emporte le pianiste. « Archie
et moi, cela fait si longtemps qu'on se connaît et qu'on joue ensemble !
On a une confiance aveugle l'un en l'autre. On a les mêmes idées aux mêmes
moments, incroyable !» La complicité entre les deux hommes (normalement
on devrait
dire grands hommes mais on aurait
tort de les « statufier » trop vite, ces deux gaillards
sont
"extrêmement" vivants) est d'ailleurs autant musicale
qu'humaine. Siegfried Kessler sourit de nouveau, espiègle : « Je n'ai
pas la moindre idée de ce que l'on va jouer au Jam avec Archie. Il est
imprévisible et moi aussi ! »
Il
en donne vite une preuve en lâchant soudain : « Le bateau a été pour
moi un excellent moyen d'échapper à un tas de conneries... Je ne les ai
pas fuies, je m'en suis détaché.» Et de laisser affleurer ce que l'on
devinait déjà un peu sous son bronzage avantageux de personnage blagueur
et volubile, sans parler de son intimidante réputation musicale : une
sensibilité d'écorché vif, tenté par l'auto-destruction, sauvé par la
création. Aussi, inutile de chercher ailleurs la source des cataractes d'émotions
fortes que provoque son jeu nerveux, percussif et roboratif. Pas plus
qu'ailleurs, on ne trouvera la raison de son inextinguible soif d'indépendance.
Jérémy
BERNÈDE
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La
gazette de Montpellier du29 au 5 juin 2003
A
bailar le mambo
La gazette y était
Quatre
saxophonistes. quatre trompettes, quatre percussionnistes, un davier. une
basse. Deux chanteurs, l' orchestre de la République démocratique du
Mambo est digne d’un empire.. Et pour faire danser, pas besoin de
diktat, on y va. RDM comme disent les initiés, donne un concert ce
vendredi 23 au JAM : l'orchestre est installé sur le côté, et la scène
habituelle est transformée en piste de danse. En couple. ou en solo, les
spectateurs sont là pour danser (d'ailleurs. on a du maI à rester assis
sur sa chaise) comme au bon vieux temps des bals des années 50 :
mambo. cha cha cha, et autres
danses sud-américaines. Et, surprise, Pierre Vassiliu. un des pionniers
des rythmes latinos en France. a fait une petite ambassade à la République.
le temps de deux chansons. Sans protocole. Elle est vraiment très
populaire œtte République démocratique du Mambo
Ghislaine Arba-Laffont
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MIDI SPECTACLES MERCREDI
28 MAI 2003
JAZZ
Deux soirées qui donneront un disque et un DVD
Avec
Archie Shepp et Siegfried Kessler,
le
jazz va prendre ses aises
Le
monstre sacré du saxophone et du free jazz, Archie Shepp, retrouve son
pianiste complice des années 80, Siegfried Kessler.
Si
l'improvisation dans le jazz réunit Archie Shepp et Siegfried Kessler,
dans la vie c'est une complicité de longue date qui les unit. Flash-back:
Juan-Ies-Pins 1975, dans une boîte de jazz, tard après une soirée de
festival, Kessler « arrache de l'inouïe aux touches d'un piano »,
Shepp chipe ses notes et les garde en mémoire.
Bien
plus tard, rue de la Huchette à Paris au "Chat qui pêche", le
grand black au chapeau sombre croise de nouveau le petit blanc au bonnet
marocain vissé sur le crâne. Cette fois, Kessler joue au piano l'un des
morceaux du monstre sacré du saxophone. Archie ne pipe pas un mot et le
fait appeler quelques jours plus tard pour qu'il vienne jouer avec lui à
Bergame. A partir de cette date-là, ils joueront ensemble plus de dix
ans.
Aujourd'hui,
Archie Shepp est retourné vivre aux Etats-Unis. Il enseigne la «
musique afro- américaine instrumentale » (il a horreur du mot
jazz qui signifiait dans les années 20 « forniquer » ou «
non-sens ») dans une université du Massachusetts.
Siegfried
Kessler, lui, habite sur son bateau depuis 20 ans à La Grande-Motte. A
l'automne 2002, il vient au JAM pour assister à un concert de Steve Coleman.
Une vieille connaissance, Jean Peiffer, directeur de la salle, lui propose
de venir jouer « chez lui », « Pourquoi pas», lui répond le
musicien. Tu as carte blanche pour jouer avec qui tu veux », lui rétorque
Jean Peiffer. « Alors ce sera avec Archie, parce qu'avec lui tout va bien».
Les
retrouvailles feront l'objet de la production d'un disque et d'un DVD.
Plus qu'un événement en somme.
Christophe Gayraud
Le
JAM, vendredi 30 à 21 h 15 et samedi 31 à 21 h30.
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MIDI LIBRE du lundi 31 Mars 2003
MONTPELLIER SPECTACLES
INTERWIEW
En
concert jeudi 3 avril 2003 au Jam
Laurent
de Wilde, la tentation électro
Le pianiste de jazz s'est entouré de programmateurs sur son album
« Storie »
Passé par les trios classiques et formé à l'école
new-yorkaise, le pianiste Laurent de Wilde avait pris le tournant électronique
sur son précédent album, Time For Change. Un virage accentué sur le récent
Stories (Warner), pour lequel il a invité les programmateurs Smadj, DJ
Ben et Akimov, auteurs de torsions et de rythmiques drum'n'bass acérées.
Une nouvelle voie dont la transcription sur scène promet de belles
collisions électro-jazz. Il s'en explique.
- Midi Libre: Les programmations ont un rôle central dans
votre travail. Que lui apportent-elles?
*Laurent de Wilde: Elles permettent de façonner le
son comme de la pâte à modeler. C'est très excitant. Dans la drum'n'bass
par exemple, il y a des paterns de batterie absolument injouables, parce
que le tempo est trop rapide. Pourtant, elles sont formidables à
entendre. C'est typique de l'apport de l'électronique.
-Comment arrivez-vous à mêler l'improvisation du jazz
aux programmations, par nature très rigides?
*En
assouplissant la machine et en tentant de concentrer le propos du
soliste. Des deux côtés, il faut des concessions.
- L'électronique s'est vite nourrie de jazz, mais le jazz
semble être toujours réticent à se nourrir d'électronique. Est-ce
votre impression?
*C'est
une question de génération. Celle d'Amon Tobim par exemple, curieuse
de tout, est autrement plus visible qu'un jazz qui a tendance à s'encroûter.
Mais on voit arriver plein de jeunes musiciens de jazz qui n'ont
absolument pas peur de se confronter à l'électro, puis de travailler du
be-bop le lendemain. L'idée n'est pas encore acceptée dans les hautes
sphères, mais c'est un outil largement assimilé.
-L'électronique, avenir du jazz?
*Ce qui me plaît dans le jazz, c'est qu'il a toujours
phagocyté ce qu'il y avait à côté: Stravinski, les orchestres
militaires français à La Nouvelle-Orléans, Ravel, Debussy, les rythmes
africains du Ghana... C'est un conglomérat invraisemblable. Le jazz
s'approprie toute nouvelle info musicale. Il a mué quand l'électricité
est arrivée: Miles, McLaughlin, Hancock, des années très fertiles. Ça
continue aujourd'hui.
- Comment avez-vous travaillé avec vos programmateurs?
*
Avec Smadj, sur quatre des huit morceaux de l'album, on a travaillé sur
du matériau qu'il amenait. Je reprenais une ligne de basse, une séquence,
un groove... L'autre moitié est partagée entre Akimov et Ben, avec
lesquels j'ai travaillé sur des idées originales, dans un esprit de collaboration
tout à fait ouvert.
- Avec un très gros travail de mixage derrière?
* Oui, un mix créatif durant lequel on se réservait une
mise en perspective de certains univers rythmiques et harmoniques. Ça
nous a pris dix-huit jours, c'est mon record! Mon premier album, je l'ai
enregistré en six heures, avec un batteur q venait du New Jersey et qui
avait dé enregistré un album le matin même!
- Est-ce que ce gros travail de production rend le disque
plus difficile à transcrire sur scène?
*
Non. Sur scène, il y a une autre énergie qui passe et le répertoire
fonctionne com me une proposition de musique. Un disque aujourd'hui, c'est
glacé, fabriqué. ( ce n'est plus comme le trio de Bud Powell, Paris, en
1950. C'est du cinéma, et je ne veux pas mettre un écran de télé sur
une scène de théâtre. Je préfère reprendre le script, et en faire une
pièce véritable.
- Dans le titre de votre précédent disque, Time For
Change, il y avait une façon de dire: passons à autre chose, tout a été
fait en piano jazz.
* Tout n'a pas été fait mais toutes Ies palettes sonores
ont été explorées. C'est vraiment une histoire de son. Franz Liszt et
quelques autres ont fait sonner toutes les couleurs chatoyantes du piano.
Alors que l'électronique, c'est novateur.
- L'album s'ouvre sur French Elections. Comment une émotion,
née du score du FN à la présidentielle se traduit-elle en musique '?
* C'est très mystérieux. J'ai attrapé une émission de
radio commentant l'élection entre les deux tours. Ça m'a fait un choc et
ça m'a mis dans un état émotionnel particulier. J'ai tout de suite
entendu l'intro et la rythmique. Après, le morceau est parti, c'est ce
que j'entendais.
Recueilli par Eric DELHAYE .
Laurent de Wilde (Fender Rhodes, programmations, machines)
avec Gael Horellou (sax aIto),
DJ Ben
(programmations, machines), Julien Charlet (batterie) et Jules Bikoko
(contrebasse).
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MIDI
LIBRE 04/10/2002
L’effet
bœuf au Jam :
Une
seconde nature !
Le travail
de diffusion est étroitement lié à l’école
Distingué
en 2001 par Jazzman pour la programmation et l'ambiance de sa salle de
concert, le Jam a été à nouveau mis à l'honneur à la rentrée par
la même revue. Cette fois, c'est son école régionale qui figure en
bonne place dans le guide des meilleures écoles de jazz de :F'rance. Son
directeur, Jean Peiffer, n'imaginant pas la salle de concerts sans l'école,
et inversement, cette double distinction ne doit pas être pour lui déplaire.
«
En créant la salle, nous l'avons d'abord pensée comme un laboratoire
pour nos élèves et les musiciens de la région, explique-t-il. Et
puis, l'écoute fait partie intégrante de l'enseignement musical. D'où
l'intérêt d'une programmation élargie aux pointures. » Devant le succès
remporté par l'école (avec un effectif de 200 élèves, elle a quasi
atteint aujourd'hui sa capacité maximale), le Jam s'est vu dans
l'obligation de réduire à trois jours l'ouverture au public de sa
salle pour libérer une soirée de plus à l'usage interne de ses musiciens
en formation. D'où le départ du "Bistrot des ethnologues"
pour le Sax' Aphone (son giron Originel, ceci dit).
Pour
le reste, et compte tenu de la « très bonne santé de l'école », rien
n'a changé du côté de la salle de concerts Michel-Petrucciani. « On
n'a toujours pas de budget de diffusion au Jam, sourit Jean Peiffer. On
reçoit des subventions pour l'école mais de la diffusion, personne ne
nous a demandé d'en faire, alors on se débrouille... de plus en plus mal
car cela coûte de plus en plus cher mais on se débrouille! » Le truc du
Jam : vient qui peut, suffit d'être souple. Lorsqu'elle est intéressée
par un artiste, au lieu de commander une ou plusieurs dates, elle fait
en sorte d'être disponible pour lui quand il lui est possible d'être
libre. Dans le "creux" d'une tournée, par
exemple.
Et puis, comme le souligne Jean Peiffer, « être une école de jazz (et
des musiques du monde) nous permet d'aborder les artistes d'une autre
façon ».
On
sait en effet combien les jazzmen sont friands du "bœuf', autrement
dit du partage. Les liens pédagogiques ne sont pas moins importants que
les liens amicaux qui finissent immanquablement par se nouer entre la
petite salle et l'artiste. Pour preuve, le retour de Steve Coleman. Le
saxophoniste qui avait investi le Jam en juillet 2001 pour y enregistrer
un album et distiller son savoir, revient pour deux dates et une master-class.
«
On perd de l'argent sur la diffusion, avoue sans détour Jean Peiffer.
Mais ce n'est pas sans retombée. Cela devient une référence de se
produire au Jam. Le fait qu'un type du calibre de Steve Coleman enregistre
chez nous n'est pas non plus sans effet sur le rayonnement de l'école
et de la salle. »Bref, le Jam s'y retrouve.
Malgré
la modestie de sa salle (en places assises, s'entend), Jean Peiffer
n'hésite pas à annoncer qu'elle peut recevoir de 350 à plus de 1 000
personnes: « Il suffit de faire trois concerts! » Toutefois, il veut
bien concéder que programmer une star déjà établie est chose
facile: « Faire des pointures en devenir, ça, c'est raide mais
passionnant. Pour
autant,
on ne veut pas bosser pour une salle vide alors à nous, de réussjr à créer
l'événement à chaque fois.» La programmation de cet automne (lire
ci-contre) est l'exact reflet de ces diverses exigences. Tout à la
fois, illuminée de grands noms, colorée de propositions nouvelles excitantes
et moirée du travail de fonds du jazz-club et des élèves musiciens.
«
Plus qu'accumuler les concerts phare, ce qui nous intéresse, c'est de
créer et d'animer un lieu véritable d'expression des musiques qui
nous passionnent, conclut Jean Peiffer. La salle jazz de Montpellier, à
mon avis, par sa dimension, ses qualités acoustiques, elle est là.
Chez nous au Jam. » Difficile de lui donner tort. .
J.Be
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MIDI
LIBRE 10 octobre 2002
JAZZ
Dans un Jam plein à craquer
Pansanel et
les sept mercenaires
Mercredi,
le guitariste a profité pleinement de la carte blanche qui lui était
proposée. Mentions spéciales à Barthélemy et Salis
Il
y avait du plaisir à partager, dans la salle du Jam, plein à craquer
mercredi soir, mais aussi dans les regards que l'on voyait s'échanger sur
une scène où se serraient huit grands artistes du jazz européen.
Carte
blanche avait été laissée, dans le cadre des Internationales de la
guitare, à Gérard Pansanel. Qui en fit le meilleur usage, déjà sur le
papier: rien moins, pour l'accompagner le temps d'un concert exceptionnel,
que Paolo Fresu (trompette), Claude Barthélemy (guitare et oud),
Serge Lazarévitch (guitare), Antonello Salis (piano, accordéon), Henri
Texier (contrebasse), Joël Allouche (batterie) et Joël Monino. (basse).
Du beau monde, dont on pouvait seulement craindre le trop-plein dans les
nombreuses portions en octuor du concert, avec le doublement (basse-contrebasse)
voire le triplement (guitares) des postes.
C'était
mésestimer l'entente spontanée (pas de répétitions,mais des thèmes maîtrisés
par tous) d'artistes rodés au grand saut dans l'improvisation. Passée
l'ouverture sur un Texier, la soirée a ainsi pris son envol avec l'entrée
en jeu des deux derniers larrons, dont Claude Barthélemy: auteur d'un premier
solo en ascension subtile, le nouveau chef de l'Orchestre national de
jazz a illuminé la soirée de tirades électriques acérées, un bonheur
à lui seul. Antonello Salis lui partagea la vedette: penché dans son piano
comme un mécano sous un capot, torturant son clavier ou affublant.
l'accordéon d'effets électro, le fantasque Italien est bien l'un des
plus forts caractères du jazz européen. En comparaison, son
compatriote Paolo Fresu parut bien effacé.
Quant
à Pansanel, il a laissé poliment beaucoup d'espace à ses invités et
fut un chef inspiré, osant toutes les configurations, dont un échange
accordéon-trompette ou une intro à trois guitares sur Caravan.
Rejointe
par Doudou Gouirand (sax) en bouquet final, la bande à Pansanel a réussi
tout ce qu'elle entreprenait.
Eric
DELHAYE
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Steve Coleman, le live enfanté à
Montpellier
MIDI LIBRE ( 06 décembre 2001)
Ce n’était pas la moitié d’un événement pour tous les fanas de
jazz de la région. En juillet dernier, Steve Coleman s’était escrimé
deux semaines durant dans la fournaise du Jam, école de jazz et salle de
concert sise à Montpellier, qui tenait là une exceptionnelle
reconnaissance de son travail et de la qualité de ses installations. «Des
moments uniques dont nous sommes très fiers», dira Jean Peiffer, le
directeur des lieux.
Car Steve Coleman n’est pas connu pour
être de bon poil quand les choses ne tournent pas comme il entend
qu’elles doivent tourner. Or, c’est un homme relativement affable et
accessible que l’on rencontra, certes concentré à l’extrême sur sa
musique mais affichant la volonté fondamentale de la faire partager. Il
venait animer, pour la toute première fois en Europe (après les
Etats-Unis, Cuba, le Sénégal et l’Inde), une série d’ateliers pour
quelques stagiaires, ponctuant ce travail par quatre concerts dont deux
(les 11 et 13 juillet) composent aujourd’hui un double album, Resistance
is futile (Label Bleu/Harmonia Mundi).
«L’ambiance était informelle et décontractée.
C’est l’atmosphère dans laquelle nous préférons communiquer nos idées
musicales et nous espérons pouvoir poursuivre ce type d’approche à
l’avenir», explique Steve Coleman, que l’on imaginait plus porté sur
la rigueur et le formalisme. De fait, s’il peut s’autoriser de telles
aventures, jouant ce qui lui vient à l’esprit (vieux titres, nouvelles
compositions, pures improvisations, Resistance is futile et Reflex
n’ayant, par exemple, jamais été enregistrés auparavant), c’est
parce qu’il a aujourd’hui tracé sa voie en ligne droite, après des
virages sur les contreforts hip-hop ou afro-cubain. L’altiste développe
maintenant le langage plus clair -plus confortable ?– d’un jazz
s’appuyant sur une rythmique souvent entêtante (Wheel of nature, près
de vingt minutes de solo et de beat hypnotique en ouverture), propre à
faire parler l’improvisation de ses historiques "Five Elements"
: Jonathan Finlayson et Ambrose Campbell-Akinmusire (trompettes), Andy
Milne (piano), Anthony Tidd (basse), Jesus Diaz (percussions) et Sean
Rickman (batterie), avec Geoffroy de Masure en invité (le tromboniste fit
notamment le lien entre Coleman et ses élèves durant le stage). Steve
Coleman domine évidemment ce monde, avec une générosité de solos qui
se rencontre peu.
Résultat : calé sur le répertoire
qu’il maîtrise (le sien ou celui des autres -Ah-Leu-Cha de Charlie
Parker, Straight no chaser de Thelonious Monk), il déploie une
inspiration sans limite, puisant dans l’héritage des maîtres dont il
s’approche pour inventer sa dimension, à la fois enserrée dans des
grilles musicales strictes et déployant une spiritualité aérienne.
C’est incroyablement exigeant, pour ses compagnons comme pour les
auditeurs qui ont choisi de le suivre au fil des années, non sans mal
parfois devant un jazz trop plein, trop fort, trop jazz. Resistance is
futile, l’un des albums de Steve Coleman les plus souples depuis
longtemps, est leur récompense. L’acquis de l’un (lui) y rejoint
celui des autres (nous). Monumental.
Eric DELHAYE
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JAZZMAN FEVRIER 2001

JAM
à Montpellier
L’école de la scène
Pour
les apprentis Jazzmen brûlant de
se produire sur scène. Le JAM, crée il y a treize ans mais toujours en
mouvement, a structuré sa pédagogie autour d’un outil peu banal :
une salle de spectacles de 350 places
Histoire
de couper court aux protestations -une fois n'est pas coutume -posons
une hypothèse: le jazz s'apprend.
Et
maintenant, question: l'apprend-on mieux face au public ou en salle de
cours ? Toutes les structures d'enseignement ont leur petite idée là-dessus
et façonnent leur réponse en donnant plus ou moins de poids soit à la
pratique, soit à la théorie. À Montpellier, le JAM a depuis longtemps
choisi son camp. "Chez nous, tout est organisé autour de la salle de
spectacles. La scène fait partie du cursus parce que nous voulons mettre
le plus rapidement possible les élèves en situation réelle",
explique Jean Peiffer, administrateur général de l'école. Tout commence
à l'audition. Le mois d'octobre venu, les jeunes candidats (plutôt dans
la tranche 18-25 ans), disposant ou non d'un bagage musical, affluent de
tout le Languedoc-Roussillon (à l'exception notable de quatre Allemands
qui ont découvert l'école grâce à son site Web)
avec
une idée en tête, devenir jazzman. l'audition n'est pas à proprement
parler sélective puisque autant d'élèves sont acceptés qu'il y a de
places disponibles (180 cette année). les candidats sont triés par
niveau afin de constituer les orchestres appelés à brûler les planches
du JAM. Puis, en fonction de leurs acquis théoriques, les musiciens sont
affectés à "un des quatre niveaux de cours (préparatoire, moyen
,confirmé et avancé). Cette façon de procéder permet à un élève qui
sait jouer et qui a l'expérience de la scène d'intégrer un groupe de
son niveau, même s'il présente des lacunes en harmonie, en solfège,
voire en lecture. l'école, qui vient d'ouvrir une classe de violon et
d'accordéon, compte cette année seize classes d'ensemble, trois
formations de salsa, un big band, deux classes d'adolescents et une grande
formation de musique orientale actuelle. " Actuelle", au sens où
c'est une formation de jazz qui interprète les compositions des deux
professeurs (Abdellali Nejjari et Mohammed Zeftari).Des instruments
orientaux sont appelés à intégrer l'ensemble, puisqu'une classe de oud
démarrera l'an prochain...
Elèves.
profs et pros sur les mêmes planches
Mais
cette pédagogie du réel ne prend de sens qu'à la condition que le
public suive, occupe les 350 places de la salle et mette aux élèves la
pression que les pros rencontrent sur le terrain (ceci dit, jouer devant
une salle vide est tout aussi éprouvant. ..et formateur).
Pour
drainer le publiç la recette du JAM est simple: gérer la salle comme
n'importe quel lieu de diffusion. On
a bien entendu pensé au bar, élément essentiel de tout jazz club qui se
respecte. Mais, comme partout
ailleurs, le zinc ne retient que si la musique convainc.
Ce que le JAM s'efforce de faire en associant systématiquement les
prestations de ses élèves à celles de pros. -Nous
avons institué le Jazzclub du jeudi oÙ tous les groupes
de professionnels sont les
bienvenus, à la condition qu'ils
acceptent de se soumettre à une règle: jouer un set de
leur musique puis, au set .suivant
accueillir sur scène et intégrer
tous les élèves qui le veulent.
Ce genre de boeuf, ou plutôt
de jazz contest draine
beaucoup
de spectateurs, d'autant plus que l'entrée est gratuite',
précise Jean Peiffer. Les master
classes sont un autre moyen de mettre les élèves face à leur public
puisque les têtes d'aff iches qui les animent (Trilok Gurtu, Steve Lacy,
Michel Petrucciani y ont, entre autres, fait un passage) assurent en général
un concert... en première partie duquel se produit l'un des septettes
constitués en début d'année. L'école,
qui a également instauré "Le )AM sacre le printemps' (mini-festival
avec cette année le quintette Belmondo, les Primitifs du Futur, Nguyên Lê,
Bernard Lubat ... ), totalise ainsi une centaine de concerts par an.
Mais n'y a-t-il pas, à
terme, un risque de confusion
entre mission pédagogique et travail de diffusion ? 'Nous
n'avons aucunement vocation à
être une salle de spectacles. Nous
ne recevons aucune aide à la
diffusion et nous n'avons pas
pour objectif de gagner de l'argent
avec ces concerts. La salle
n'est envisagée et gérée qu'en
tant qu'outil pédagogique au service de l'école, pour faire jouer les élèves et leur
permettre de rencontrer des
pros", rappelle Jean Peiffer. Objectif
- jouer
Pour
ce qui est de la théorie, car il en faut bien un peu, le contenu des
cours (solfège, ear training, rythme,
harmonie, composition, arrangement) est établi collectivement entre les
vingt-huit professeurs et Jean Pierre Llabador, coordinateur pédagogique
et professeur de guitare. Le
programme peut évoluer dans l'année, au fil des réunions mensuelles du
corps professoral. Plus que
pour répondre à une méthodologie préétablie, les cours sont conçus
en fonction du bagage de chacun des profs qui, dans leur carrière, ont pu
naviguer entre différentes écoles en France ou à l'étranger en tant
qu'élève ou enseignant. L'empirisme
qui, historiquement, a prévalu dans la mise au point des contenus se
retrouve dans le choix des professeurs aux parcours très divers:
autodidactes, premiers prix de conservatoire, diplômés du Guitar
Institute of Technology de Los Angeles, du Berklee College of Music de
Boston, anciens profs de l'IMFP, du CIM... "Au JAM, un prof est
choisi moins sur la foi d'un diplôme
que sur la foi de ce qu'il a
fait Chez nous, le professeur
type est avant tout un musicien
qui tourne et qu'on entend.
Son évaluation se fait in vivo, lorsqu'il
passe sur scène ou que ses
propres élèves jouent en
public le jeudi -, résume le directeur du JAM.
Tout est donc question d'appréciation.
Reste
que, sous la pression des partenaires institutionnels, il a tout de même
fallu formaliser un cursus et un programme -un
peu sauvages-. Depuis deux ans, outre le contrôle continu des élèves,
deux tests ont lieu en milieu et fin d'année. Si tout va bien, l'élève
obtient un certificat de passage dans le niveau supérieur et, au terme du
quatrième et dernier niveau, un brevet de fin d'études.
Mais les élèves ne stressent pas pour autant, la plupart d'entre
eux songe à se lancer dans la dure vie de jazzman où les diplômes
servent moins que la valeur et l'expérience du musicien.
Et, pour ceux qui voudraient assurer leurs arrières ou faire carrière
dans la fonction publique, le JAM a mis en place un stage de formation préparatoire
au diplôme d'État de professeur de Jazz
Nicolas
Weinberg
Chiffres:
250 élèves, douze salles de cours équipées, une salle de spectacle de
350 places Le budget de fonctionnement du JAM est de 3,2 MF dont seulement
360
000 F de subventions publiques (district, région, conseil général,
DRAC).
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