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ROBERTO FONSECA |
La musique cubaine est en plein essor. Les musiciens
venus des quatre coins de l’île jouent sur les scènes les plus connues du
monde, et les pianistes représentent sans aucun doute les étoiles de cette
panoplie si variée d’artistes uniques. Voici une génération dorée, faite
de virtuoses renommés aux capacités techniques impressionnantes, qui ont su
nous captiver et nous enchanter. Cependant, pendant la dernière décennie,
personne n’est apparu avec une telle virtuosité et une telle technique, avec
un jeu si imprégné de passion. Roberto Fonseca réveille nos sens et nous
convie à un voyage qui franchit inlassablement les frontières de son pays.
Né en 1975 à La Havane dans une famille de
musiciens, Roberto Fonseca – malgré les multiples marques de reconnaisance
qui lui ont été adressées (« le talent le plus prometteur et le plus
important de la musique cubaine », « une vraie révélation qui se
distingue des autres pianistes de sa génération ») – n’a jamais
oublié son premier souhait : « Je veux que ma musique touche les
gens qui ne me connaissent pas, et je rêve qu’un jour je puisse devenir une référence
pour mon public… ».
Il commence ses études de piano à huit ans, mais dès
son plus jeune âge sa passion première va vers les percussions. Cela aura une
influence décisive sur ce jeu de piano si « percutant » qui le
caractérise aujourd’hui. Lors de son premier concert, il est batteur dans un
groupe qui reprend des chansons des Beatles. « Avec ma mère, j’écoutais
leur musique à la radio et elle m’a beaucoup marqué, je jouais de la
batterie comme si je faisais partie du groupe, j’adorais ! » À
quatorze ans, il écrit ses premières compositions, s’inspirant du genre
afro-cubain. « Pour nous à l’école, le jazz américain était une référence.
Je pensais que ma musique allait être une fusion de ces deux genres…
J’aimais des musiciens de jazz comme Herbie Hancock et Keith Jarrett mais
aussi beaucoup de classiques de la soul et du funk américains. »
À quinze ans tout juste, il est la révélation du Festival
International Jazz Plaza de La Havane. Il termine ses études de piano et
d’enseignement, puis rentre à l’Instituto Superior de Arte afin de
poursuivre et approfondir ses études de composition.
A l’âge de vingt et un ans, poussé par le désir
de fusionner sa musique avec des genres différents, il part en tournée en
Italie avec le chanteur Augusto Enriquez, jouant notamment pour la chaîne de télévision
nationale RAI : « musicalement cela me changeait et me persuadait
que je devais chercher mon propre chemin. » Un an plus tard, sa
route croise celle du saxophoniste Javier Zalba (Irakere, Cubanismo) avec qui il
fonde le groupe Temperamento. C’est le début d’un voyage qui dure neuf ans
et dont l’aboutissement est justement Zamazu.
Pendant un an de travail créatif intense, Roberto
Fonseca enregistre et produit son premier album En el Comienzo, primé en
tant que meilleur album jazz au festival Cubadisco’ de 1999. La même année,
il co-produit, arrange et joue dans le disque Cuando Yo Sea Grande d’Augusto
Enriquez et enregistre son premier album solo Tiene Que Ver. Le projet
est récompensé par le concours Trimala organisé
par l’UNESCO, dans la catégorie « musique populaire cubaine ».
Son
second sous son nom, No Limit, enregistré et produit par Roberto lui-même,
est publié sur le label japonais JVC en 2000. La même année, il compose la
bande-son du film Black réalisé par le Français Pierre Maraval, et
produit le disque Un montón de cosas
du groupe de hip hop Obsesión. « Ces
deux années furent bien remplies. J’avais besoin d’exprimer toute ma créativité,
je ne savais pas vers où tout cela me poussait car chaque idée m’emmenait
vers mille autres ».
Ce
début de siècle est un tournant décisif pour Roberto, non seulement
parce qu’il sort son troisième album Elengo, mais aussi parce que sa
carrière prend une tournure inattendue. « Je
suis allé aux studios Egrem pour enregistrer l’album d’Angá Díaz, il
m’y avait invité, et quand je suis arrivé j’ai vu toutes ces personnes qui
étaient des légendes pour moi : Rubén González, Cachaíto López,
Guajiro Mirabal… En l’espace de deux mois, ma vie entière a changé ».
Peu de temps après, il est invité en tant que
second pianiste aux côtés du grand maître Rubén
González, dans l’orchestre renommé d’Ibrahim Ferrer. La même année,
il signe un contrat d’artiste avec Montuno, la célèbre compagnie de
management artistique. « Mon Dieu, partager la
scène tous les soirs avec Rubén González, c’était le rêve. Je
restais là pendant des heures à le regarder jouer. »
Ce rêve le fait tourner partout dans le monde, avec
plus de quatre cents concerts dans le groupe d’Ibrahim Ferrer aux côtés de
Cachaíto López, Guajiro Mirabal et Manuel Galbán. Il joue avec eux dans les
salles les plus prestigieuses, de Francfort à Paris et de Londres à New York.
Toutes les critiques parues dans la presse à propos de ces concerts mentionnent
le talent de Fonseca et sa présence captivante sur scène aux côtés d’Ibrahim
Ferrer.
Omara Portuondo, séduite par son jeu, l’invite à
participer à ses tournées, l’emmenant au
Festival de Jazz de Tokyo en 2002 où il partage la scène avec Herbie Hancock,
Michael Brecker et Wayne Shorter.
« Je n’en croyais pas mes
oreilles quand Herbie Hancock lui-même m’a invité à jouer avec lui, je
n’ai pas fermé l’œil de la nuit ! ».
Cette période de travail intense, les tournées
partout dans le monde, les enregistrements des albums phares du label World
Circuit ainsi que la production de divers disques permettent au pianiste de se
rendre compte que sa musique est prête pour la création de son propre projet.
Chaque titre de l’album Zamazu est
composé avec passion, c’est le résultat du mélange de toutes les influences de
Roberto Fonseca : la musique afro-cubaine, la musique classique et la musique
traditionnelle cubaine.
Fonseca a découvert que sa musique peut fréquenter
des horizons inaccoutumés : sa rencontre avec la fameuse styliste de mode
française Agnès B est le début d’une relation d’admiration réciproque
qui se prolonge sur scène lorsque Roberto porte ses vêtements et lorsqu’il
vient jouer pour son défilé de mode en juillet 2006.
Au cours de l’année 2004, Ibrahim Ferrer décide
de réaliser un projet qui sera le couronnement de sa carrière artistique :
un disque et une tournée de ses boleros préférés, qui soulignent
l'attachement du chanteur à ce genre. La relation proche qui le lie à Roberto
et sa confiance en les capacités musicales du pianiste l’incite à le faire
participer à ce qui sera son ultime chef d’œuvre. Fonseca arrange et co-produit l’album Mi sueño dans les studios Egrem
en novembre 2004 et en janvier 2005, avant d’assumer le rôle de
directeur musical de la tournée mondiale qui suit. Ibrahim
Ferrer déclare souvent à cette époque : « Ce garçon, malgré
sa formation jazz, me comprend et respecte ma musique. Et puis, bon sang,
qu’est-ce qu’il joue bien… ! »
Après toutes les aventures autour de ce projet,
Ibrahim Ferrer meurt en août 2005. Roberto pleure son ami mais cela le pousse
aussi à terminer son album, ce qu’il fait en l’espace de six mois. Il
invite Alê Siqueira, l’un des plus importants producteurs brésiliens, le créateur
de grands projets tels Tribalistas, Flor
de Amor (Omara Portuondo), et Infinito
Particular (Marisa Monte). Il voyage à Bahia pour monter la pré-production
dans les studios de Carlinhos Brown avec notamment des percussions brésiliennes.
Une date et un lieu d’enregistrement sont fixés : janvier 2006 à La
Havane.
C’est là, en à peine cinq jours, que Roberto
Fonseca enregistre plus de deux heures de musique. Un jaillissement créatif qui
rappelle les grandes œuvres classiques et qui met ainsi un terme pour lui à un
cycle créatif de trois ans. Plusieurs musiciens
participent à cet album merveilleux : Carlinhos Brown, Cachaíto López,
Omara Portuondo, Vicente Amigo, Toninho Ferragutti, sans oublier des amis comme
Javier Zalba, Omar González, Ramsés Rodríguez. Les
morceaux révèlent le jeu de piano subtil de Roberto Fonseca, à travers une
approche où les mélodies se marient aux rythmes de façon unique. L’ensemble
mélange les principales cultures musicales d’Amérique, du Brésil et de
Cuba, avec celles du continent africain. Les compositions sont d’une beauté
qui frôle le sublime, avec des paroles poétiques qui forgent l’esthétique
du disque, comme si la virtuosité laissait la place au sentiment...
Parallèlement, Roberto Fonseca a produit cette année
l’album du chanteur japonais Asa Feeston et il a collaboré à d’autres
projets comme le dernier album de Timbalada. Il a également terminé avec Nick
Gold du label World Circuit l’album posthume d’Ibrahim Ferrer, Mi sueño,
qui doit être publié en avril 2007.
Pendant le mois de juillet, dans les festivals d’été
européens, il a partagé la scène avec Bebo et Chucho Valdés. On se souvient
par exemple de Jazz in Marciac où il avait composé le titre Latin in
Marciac que le festival a utilisé pour ouvrir et clôturer ses principaux
concerts…
« …Je suis si enthousiaste de pouvoir
partager ce voyage avec mon public, là où ils m’accueillent »